Survivre au confinement

Tout est dit.

Pour ce troisième confinement, voici ma pile à plat, le trésor dans lequel je pioche mon évasion au réel, mes envies d’ailleurs, la drogue qui me permet de me plonger dans un autre monde, où la vie est normale (ou presque, selon) et où je ne croiserai ni le mot virus ni le mot mesures.

Oui, il y a des mots comme ça qui me sortent par les oreilles : mesures, situation sanitaire, règles, gestes barrières, distanciation, présentiel, et j’en passe.

Rendez-moi ma vie.

En attendant, j’ai décidé de lire, lire, lire, des romans, petits, gros, classiques, nouveautés, n’importe quoi qui m’emmène ailleurs … Bien sûr, tout n’y est pas sur cette photo : ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, mes achats récents, mes trouvailles d’occasion, mes envies plus ou moins urgentes. Il manquera toujours le petit nouveau qui doit sortir sous peu, une pile à lire digne de ce nom n’est jamais complète … Demain sort « Hamnet », le nouveau roman de Maggie O’Farrell et il va sans dire qu’il me le faut, et fissa.

Je n’ai plus de patience : je veux tout, tout de suite, toutes les miettes de petits bonheurs. C’est à dire lecture, shopping en ligne et apéro.

Santé !

« Consoler Schubert », un roman d’une infinie délicatesse

Au hasard d’une flânerie en librairie, je suis tombée sur ce roman. Schubert étant mon compositeur préféré, je ne pouvais que l’emporter dans mon sac …

Je retranscris ici la quatrième de couverture, parfaite :

À plus d’un siècle de distance, deux vies s’entrelacent, celle de Schubert et celle d’une dentellière, qu’envahit peu à peu la musique du premier. Tous deux sont conduits par un amour impossible, et la plus profonde mélancolie. Tous deux tentent de sonder leur âme en écoutant celle du monde. Tous deux se demandent à quoi ils croient, ce qui les fait tenir, et s’interrogent sur le pouvoir, ou l’impuissance, de la musique et des mots.

Un roman doux et délicat, très littéraire, où la vie simple de Marie-Jeanne se mêle à celle de Schubert. Deux solitudes, deux âmes mélancoliques, qui cherchent l’amour et se consolent avec la musique.

Avec lui la musique n’était plus faite de notes, mais de cristaux de neige, qui tombaient, et fondaient avant de se poser.

Il ne se passe presque rien dans ce livre et pourtant on est emporté, dans une sorte de rêverie, d’atmosphère ouatée. La vie de Marie-Jeanne coule, faite de plaisirs simples, puis soudain d’un amour inexprimé pour le bibliothécaire du village. Cela durera toute sa vie … De son côté, Schubert, dans les salons, au milieu des Schubertiades, cherche lui aussi une âme soeur vers qui se tourner. Les deux seront consolés par la musique et ce beau roman ne peut que donner l’envie d’écouter Schubert, encore et encore.

Jolie surprise, l’auteure nous dévoile en postface les dessous du roman : c’est en effet une histoire familiale, romancée, sur la vie de sa grand-mère. L’écriture de Sandrine Willems est dépouillée, sobre, mais pleine d’empathie pour ses deux personnages, et nous touche par sa recherche du mot juste.

Un livre poétique, calme et doux, où l’on ne cherchera pas l’action, mais plutôt l’infinie délicatesse de deux vies solitaires et mélancoliques, rythmées par la magie des notes …

« Consoler Schubert », Sandrine Willems, Les Impressions Nouvelles, 2020, 144 pages

Ce billet sera ma participation au « Mois belge » d’Anne et Mina 😉

« Alors, il est comment le nouveau Delphine de Vigan ? »

Delphine de Vigan fait partie de ces quelques auteurs que je suis les yeux fermés, dont j’achète les livres sans même regarder de quoi ça parle. Depuis « No et moi », je la lis avec avidité, avec plaisir, je dévore sa prose, et si certains titres m’ont marquée plus que d’autres, je lui reste fidèle à chaque nouvelle sortie.

Ces derniers temps, elle m’avait un chouia déçue. A mon humble avis, « Les gratitudes » et « Les loyautés » n’arrivaient pas à la cheville de « D’après une histoire vraie » ou, évidement, « Rien ne s’oppose à la nuit », que j’ai lu plusieurs fois.

Mais qu’importe, un nouveau livre de Delphine de Vigan, c’est toujours une fête, et dans ce contexte si morose, c’est un petit bonheur à ne pas bouder … Je me suis donc plongée dans « Les enfants sont rois », ne sachant pas trop à quoi m’attendre. Au début, j’étais déroutée : je peinais à retrouver le style, la patte, l’écriture de Delphine de Vigan. Et pour cause, elle s’aventure ici dans un roman « à suspense », ce qui n’est pas dans ses habitudes.

Très vite, j’étais ferrée, conquise, et j’ai lu le livre presque d’une traite, le reposant à regret parce qu’il faut bien travailler et s’occuper des enfants ! J’ai ralenti ma lecture dans le but de la savourer, et ça c’est bien un signe qui ne trompe pas.

Elle nous conte ici l’histoire de Mélanie, fascinée depuis toujours par la téléréalité, le succès des anonymes du Loft, et rongée elle aussi par l’envie de devenir célèbre.

Ils voulaient passer à la télévision pour être connus. ils étaient maintenant connus pour être passés à la télévision.

Un passage éclair dans une de ces émissions éphémères, qui laisse à Mélanie le goût d’un ratage : sa chance est passée et elle l’a laissée filer. Quelques années plus tard, Mélanie a deux enfants, Kimmy et Sammy, qu’elle met en scène sur Youtube, dans leur chaîne familiale. Les enfants sont « influenceurs » : ils ouvrent à longueur de journée des colis surprises de jouets, de gadgets, de friandises. Ils sont gavés, gâtés, exploités. Mélanie leur impose les tournages, le texte à réciter aux millions de fans, et bientôt les enfants n’en peuvent plus. Le succès est au rendez-vous, la famille devient millionnaire. mais un jour, Kimmy est enlevée, et tout s’écroule pour Mélanie.

Quand vous montrez votre belle maison, vos beaux enfants et tous ces cadeaux que vous accumulez à ne plus savoir quoi en faire, vous avez beau appeler les gens mes chéris, vous avez beau leur faire croire qu’en s’abonnant ils vont faire partie de votre famille, il arrive un moment où quelque chose se met en travers de votre chemin. (…).

Il arrive un moment où quelqu’un se fâche et vous tape sur les doigts. ».

Clara est l’exact opposé de Mélanie : célibataire, sans enfants, elle n’est pas connectée. Procédurière pour l’enquête autour de la disparition de Kimmy, elle va analyser les vidéos de la chaîne familiale, et répéter à l’infini « il faut le voir pour le croire », abasourdie devant l’exploitation de ces enfants stars, qui n’ont rien demandé, à qui on vole leur enfance, et qui ont absolument tout ce qu’ils peuvent désirer, excepté l’intimité à laquelle ils ont pourtant droit.

Le roman est donc à la fois un suspense autour de la disparition d’une enfant et une réflexion passionnante sur les réseaux sociaux, la course aux likes et à la célébrité, les enjeux de ces influenceurs qui foisonnent sur la Toile. Delphine de Vigan dépeint à travers le personnage de Mélanie, une femme assoiffée de reconnaissance, allant pour cela jusqu’à exhiber ses propres enfants.

«C’était aussi simple que cela. Pour exister, il fallait cumuler les vues, les likes et les stories.»

Un roman extrêmement réussi, qui m’a procuré un immense plaisir de lecture autant qu’il m’a fait réfléchir sur notre époque et ses dérives …

Pour répondre au titre donc, une phrase qu’on m’adresse régulièrement ces derniers jours, le nouveau Delphine de Vigan est un roman à ne pas rater !

A lire, une interview très intéressante ici

« Les enfants sont rois », Delphine de Vigan, Gallimard, 2021, 352 pages

« Les Bordes » : noirceur et épuisement parental

« Les Bordes » c’est à la fois un village, une maison et une famille. Une famille à laquelle Brune n’appartiendra jamais vraiment. Comme chaque dernier week-end de juin, elle emmène ses deux enfants de 4 et 8 ans aux Bordes, chez cette belle-famille qui la hait. Là-bas, elle sera l’ennemie, là-bas elle n’aura plus aucune prise sur ses enfants, ou ce qui pourrait leur arriver. Depuis un drame vécu enfant, Brune a peur. De tout, tout le temps. Elle a constamment en tête tous les dangers potentiels qui pourraient lui ravir ses enfants : sa vie est un enfer. Pas moyen de lâcher prise et de profiter, non. Il y a les kidnappeurs, les maladies, et surtout les accidents. Et aux Bordes, sa peur est décuplée : les enfants vivent dehors, sans surveillance, courant dans la nature et vers ses pièges. Brune saura-t-elle protéger ses enfants ?

Le pire était toujours possible ici. Tout lui paraissait plus risqué. Le bord de la baignoire plus glissant. Les arêtes des meubles plus vives. Elle était prise de panique. Tout était noir. Elle ne parviendrait jamais à garder ses enfants vivants. Ils mourraient avant elle. Voilà ce que Les Bordes lui disaient. Ce lieu et ces gens la rendaient noire en dedans

« Les Bordes » est à la fois un suspense psychologique, qui fait monter la tension jusqu’à la toute dernière page, dans une atmosphère moite et pesante de peur et de danger caché, et un roman implacable sur la parentalité. Jamais encore je n’avais lu avec autant de profondeur le ressenti qu’une mère peut avoir : cet amour immense qui la submerge, tout en ayant envie de hurler et de s’enfuir, seule, très loin, constamment.

Elle mourait de les éloigner autant qu’elle mourait de s’occuper d’eux à temps plein.

Aurélie Jeannin réussit à tout dire de la difficulté d’être mère, de ce poids immense sur nos épaules, de la fatigue qui nous écrase, de l’attention constante que demandent nos enfants.

Elle voulait les voir disparaître. Qu’on enlève ses enfants de sa vue. Qu’elle n’entende plus leurs petites voix qui réclament. Qu’ils cessent de lui vouloir quelque chose !

Elle dit la lassitude face aux crises, aux disputes, aux questions incessantes. La sensation d’être dépossédée de soi, de ne plus savoir qui l’on est à part cela, une maman. Et l’ambivalence, l’amour fou pour nos enfants, qui submerge et prend heureusement toujours le dessus. Sans oublier la Peur, celle qui fait son entrée à la minute où l’enfant paraît, pour ne plus jamais nous quitter.

Elle détestait lorsqu’elle criait, lorsque ses principes se fracassaient sur l’embranchement de 19 heures, là où se croisent la fatigue, les devoirs, la fin du bain, la préparation du repas, le besoin d’attention, la faim.

Au-delà de l’histoire, du suspense, c’est le portrait d’une mère en souffrance qui m’a touchée. Une mère borderline, qui n’en peut plus, qui paraît si seule face à ses démons. Le mari n’est qu’une ombre. La belle-famille est méprisante et glaciale.

J’ai corné tant de pages de ce livre, je voudrais écrire ici tant d’extraits … Comment ne pas se reconnaître en Brune, dans ses moments de fatigue et de désespoir face à ses deux adorables petits tyrans ? Quelle mère vous dira que la petite enfance est rose et facile ? Aucune, mais il est tellement important de le faire savoir, de le lire, de l’écrire !

Vous l’aurez compris, j’ai adoré « Les Bordes », mais préparez-vous à de la noirceur, du drame, une tension presque palpable, et à être bousculé.

Mais n’est-ce pas à cela que sert la littérature, après tout ?

« Les Bordes », Aurélie Jeannin, Harper Collins, 224 p, 2021

Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse

Deux coups de coeur, dans l’oeuvre de Gaëlle Josse : « Une longue impatience » et tout récemment « Ce matin-là », m’ont tout naturellement amenée à lire « Nos vies désaccordées », surtout que le thème de la musique classique m’attirait énormément. Malheureusement, ce fut une demi déception …

François, pianiste renommé, apprend que la femme qu’il a aimée autrefois, Sophie, est internée dans un asile. Il quitte aussitôt Paris et annule ses concerts, pour aller la voir. En chemin, il se remémore leur histoire tumultueuse et passionnée, liés par la musique de Schumann. Sophie va-t-elle le reconnaître ? Leur amour peut-il encore être sauvé ?

Sophie, comme une écharde aperçue en transparence sous la peau et dont le moindre effleurement arrache une grimace. J’avais fini par me protéger des effleurements.

Tous les ingrédients étaient là pour me plaire : un pianiste, une histoire d’amour, un parallèle avec Clara & Robert Schumann. Mais la sauce n’a pas pris, et il m’a fallu du temps pour me sentir un tant soi peu emportée dans cette histoire, malgré la brièveté du roman (122 pages). La personnalité du narrateur ne m’a pas plu : impossible d’être en empathie avec lui. Sophie, qui m’intéressait déjà plus, n’est qu’une ombre jusqu’au milieu du livre. Leur histoire d’amour n’a pas réussi à me faire rêver … J’ai néanmoins terminé ce roman parce que c’est du Gaëlle Josse : l’écriture, le style, tout est poétique. Mais j’aurais voulu être bien plus emballée par cette histoire, dont je crains qu’il ne me reste qu’un vague souvenir dans peu de temps. Dommage…

« No vies désaccordées », Gaëlle Josse, J’ai lu, 122 p., 2013

« La Maison des Hollandais », quand une demeure fascine

Après mon gros coup de coeur pour « Orange amère » (qui vient de sortir en poche chez Babel), j’étais très impatiente de lire le nouveau roman d’Ann Patchett. Et ce fut, à nouveau, une lecture délicieusement passionnante !

Un frère et une soeur, Dany et Maeve, voient leurs vies bouleversées quand leur mère s’enfuit en Inde. Leur père se remarie avec Andrea, affreuse belle-mère qui impose ses deux filles et s’empresse de chasser Dany et Maeve de la maison à la mort de leur père. Une fois adulte, ils reviendront souvent devant la Maison des Hollandais, revivre leurs souvenirs d’enfance.

Quel roman ! La Maison des Hollandais en est le personnage central et le pilier. Une demeure fabuleuse et excentrique, aux hauts plafonds richement décorés, toute en verre, démesurée et d’une autre époque, avec sa salle du bal au troisième étage et sa décoration fastueuse. Comme dans d’autres romans (je pense à Daphné du Maurier avec Manderley), la Maison des Hollandais exerce une fascination hypnotisante, tant sur les personnages du roman que sur le lecteur. Habitée auparavant par la famille VanHoebeek, qui a donné son nom à la rue, et dont tous les membres sont morts, la maison fait figure d’aimant qui attire Dany et Maeve, ainsi qu’Andrea, plus intéressée par la demeure que par son nouveau mari.

J’avais la sensation que la maison entière pesait de tout son poids sur moi comme une carapace que je devrais traîner avec moi le reste de ma vie.

L’intrigue, racontée du point de vue de Dany couvre l’enfance jusqu’à la cinquantaine. Le roman raconte la perte et l’absence : d’abord la disparition inexpliquée de leur mère, leur abandon, puis la mort de leur père. Comme dans un conte, chassés du Paradis par leur méchante belle-mère, orphelins, Dany et Maeve cherchent à se reconstruire, et reviennent régulièrement contempler ce qu’ils ont perdus, garés devant la Maison des Hollandais, fumant et rêvant à la vie qui s’y déroule sans eux.

Il y a peu d’occasions dans la vie où il arrive qu’on fasse un bond, et que le passé qui avait été notre socle s’écroule, tandis que l’avenir dans lequel on voudrait atterrir n’est pas encore en place.

J’ai été emportée par ce récit, et par l’écriture d’Ann Patchett (dans une très belle traduction d’Hélène Frappat). Fascinée à mon tour par la Maison des Hollandais, qui m’a prise dans ses filets. J’ai pensé à Daphné du Maurier et à Jacqueline Harpman, où dans « Le bonheur dans le crime », le narrateur garé devant une maison ensorcelante, raconte le destin de la famille qui y a vécu (un autre grand roman !).

Ann Patchett tient toutes ses promesses avec ce grand roman sur la famille, l’absence, et le passé qui nous tient prisonnier. De la toute belle littérature américaine !

Merci @Actes Sud pour l’envoi de ce beau roman.

« La Maison des Hollandais », Ann Patchett, Actes Sud, 320 p., 2021

Le tri sans cœur de la Pile à Lire

Comme toute grande lectrice, j’accumule les livres. Je note des titres, parcourant fébrilement Bookstagram et les revues littéraires. Quand j’ai un (futur) coup de coeur, il me faut vite l’élu, même si je sais que je ne le lirai pas tout de suite. Une fois acquis, il est déposé sur ma pile à lire (PAL, pour les intimes), qui, il y a peu, ressemblait à ça :

Le bordel

Trois étagères de bouquins, pas classés, dont certains traînent là depuis des années … Attendant d’être enfin lus. Or, depuis quelques mois, je ressens le besoin de trier, ranger, jeter, donner, bref, faire un peu le vide. Je balance tout ce que je ne porte plus sur Vinted, je me prends au jeu de la « magie du rangement ».

Alors, zou, idem, pour les livres : je me suis attaquée à cette montagne, triant (élaguant, comme on dit en bibliothèque), sans pitié. Si les premières lignes d’un livre ne me donnent pas envie de poursuivre, hop, les dés sont jetés, son destin décidé, il est é-la-gué. Je me souviens des longues années où, en tant que bibliothécaire, j’élaguais joyeusement tout livre qui ne sortait pas des rayons (ou toute daube indigne d’être à la bib). Après ce tri sans coeur, voilà le résultat :

Applaudissez

Trois rangées toujours, oui, mais de livres qui seront lus, ah ah ! Et classés, s’il-vous-plaît !

Quel apaisement.

Me voilà avec trois sacs de livres à aller vendre au Pêle-Mêle … J’hésite à en mettre quelques uns sur le fameux Vinted, ceux-ci :

Qui veut ???

Si un de ces titres vous tente, n’hésitez pas à me laisser un petit mot 😉

Et vous, arrivez-vous à trier votre PAL ou vous résignez-vous au fatras littéraire ? ??

La déception de la semaine

Une déception, un flop, un bof, … un roman que j’avais vu passer sur Bookstagram et que je me réjouissais de découvrir, pourtant …

Grace Nichols et sa mère Meg, un duo admiré de tous. Gravement malade, clouée dans un fauteuil roulant, Grace est soutenue à chaque instant par Meg, véritable mère parfaite. Alors qui a assassiné Meg ? Qui a enlevé la jeune fille handicapée ? Jon, un journaliste au bord de la rupture (avec sa femme comme avec ses nerfs), mène l’enquête, aidé par Cara, la voisine des Nichols.

Inspiré de faits réels, ce roman a tout du bon suspense psychologique à la Liane Moriarty (mais pas à la Laura Kasischke, il est loin en-dessous). Passé la première moitié du roman et l’intrigue installée, il m’est arrivé quelque chose d’étrange : j’ai tout deviné. Je suis très bon public pour les intrigues, je ne vois rien venir, je fonce tête baissée. Mais là, j’ai découvert le pot au roses moi-même, et ça ne m’a pas plu.

Ajoutons que le style d’Emily Elgar n’est pas transcendant et vous aurez une idée de ma déception. Un roman qui équivaut à un épisode de série, sans atmosphère, sans style, sans saveur littéraire. Des personnages un peu mièvres, et une intrigue qui se veut haletante mais dont on devine la fin sans peine (même moi ! ). Aussitôt lu, aussitôt oublié (et encore, j’ai survolé la moitié du roman).

Bouh.

« Quelques battements de coeur », Emily Elgar, Belfond (le Cercle), 2020

Le réalisme magique d’Aimee Bender

Après le succès de son roman précédent, au titre merveilleux, « La singulière tristesse du gâteau au citron », dont je m’étais délectée à sa sortie en 2013, le retour d’Aimee Bender était fort attendu (notamment par moi !).

Sous cette délicate couverture pastel et ce tire énigmatique « Un papillon, un scarabée, une rose », se cache un roman envoûtant, empreint à nouveau de ce réalisme magique, cette ambiance à la lisière du fantastique qui est la marque d’Aimee Bender.

Francie a 8 ans quand sa mère est internée pour une dépression nerveuse. Elle part vivre avec sa tante et grandit avec Vicky, le bébé tout juste né. Adulte, Francie quitte son job ennuyeux pour chiner les vide greniers et revendre en ligne les objets qu’elle trouve. Sa mère, toujours internée, n’est plus qu’une figure lointaine et Francie reste obsédée par des événements étranges vécus lors de cette période difficile, enfant. A plusieurs reprises, des figures inanimées (un papillon sur une lampe, un scarabée sur une feuille de dessin, une rose sur une tenture) sont littéralement tombées à ses pieds et ont pris une forme physique. Illusion ? Hallucination ? Francie a bel et bien ramassé ces objets, et les a gardés en souvenir ….

Je ne peux pas être avec elle. Il y a quelque chose en elle. Elle est habitée par une bestiole. Quelque chose qui rampe à l’intérieur d’elle. 

Un bien étrange roman qui est avant tout celui du parcours intérieure d’une petite fille abîmée, qui craint d’être « contaminée » par la folie de sa mère, et qui tente de se reconstruire. Naviguant entre le présent adulte de Francie et ses souvenirs de cette séparation maternelle, le récit avance et nous entoure d’une sorte de poésie onirique, d’un flou, d’une certaine magie qui, comme dans « La tristesse ..; » sert de fil conducteur au lien mère-fille et à cette histoire de résilience.

J’ai énormément apprécié cette lecture pour le côté onirique et fantastique, tout en douceur, de l’univers propre à Aimee Bender.

« Un papillon, un scarabée, une rose », The Butterfly Lampshade, Aimee Bender, trad. par Céline Leroy, Editions de l’Olivier, 2021, 359p.

« Ce matin-là », la poésie de Gaëlle Josse sur le thème du burn out

L’accroche nous dit : « J’ai voulu écrire un livre qui soit comme une main posée sur l’épaule ». Et c’est tout à fait le sentiment qui m’envahit, alors que je referme ce roman qui m’a accompagnée quelques jours. Un bandeau qui ne ment pas, c’est assez rare pour être souligné !

Clara, trente-deux ans, travaille dans une société de crédit.
Compétente, investie, efficace, elle enchaîne les rendez-vous et atteint ses objectifs.
Un matin, tout lâche. Elle ne retourne pas travailler. Des semaines, des mois de solitude et de vide s’ouvrent devant elle.
Amis, amours, famille, collègues, tout se délite dans l’ordre ou le désordre de leur apparition dans sa vie. 
(extrait de la quatrième).

L’histoire d’un burn out, d’une chute, d’un vide, d’une sensation d’effondrement. Clara perd courage et lâche prise : plus rien n’a de goût ni d’intérêt dans sa vie. Elle remet en question le sens de son job, courbe les épaules sous le poids des remarques acides de sa boss. Laisse partir Thomas, qui ne la reconnaît plus, qui abandonne la partie.

Clara la vaillante, vacillante. Une lettre en plus qui dit l’effondrement.

Tout commence par l’AVC de son père, des années auparavant. Des non-dits familiaux, une relation avec son frère qui se délite. La jalousie. La solitude. Clara se referme, se recroqueville dans son appartement gris et silencieux, ne se nourrit plus. N’aspire qu’au vide et au silence. Elle se sent hors d’elle-même, éteinte.

Il faudra l’amitié de Cécile, le calme et la douceur de la nature, les rires de deux enfants, pour tout doucement remonter la pente et retrouver le goût de vivre une autre vie, différente. Clara est en quête de sens.

La plume douce et délicate de Gaëlle Josse est de celle qui fait du bien et qui réconforte. Les phrases coulent et les mots, la poésie, entrent dans notre âme. Quel bonheur de lecture aussi que le papier crème, si doux au toucher, de cette belle édition …

Un coup de coeur pour cette belle lecture de ce mois de janvier 2021, froid et mordant, qui nous a déjà enlevé Jean-Pierre Bacri, en nous laissant le goût amer d’un début d’année bien triste …

« Ce matin-là », Gaëlle Josse, Notabilia, 2021