L’indésirable, Sarah Waters

 

« L’indésirable » m’a eue à retardement. J’ai lu tous les premiers romans de Sarah Waters, et acheté celui-ci à sa sortie, en 2010, mais je l’ai mystérieusement abandonné en cours de lecture et revendu. Il faut dire qu’il diffère des autres écrits de Waters, de par le narrateur masculin (elle est coutumière des romans lesbiens), et par le style, assez lent.

Puis, je suis tombée sur la bande-annonce du film tiré du roman, avec deux actrices que j’aime beaucoup – Charlotte Rampling et Ruth Wilson – qui m’a fait donner une deuxième chance au livre.

Angleterre, 1947. Le docteur Faraday (notre narrateur) est appelé au chevet d’une domestique du manoir de Hundreds Hall, où travaillait sa mère autrefois. Le manoir qui avait tant impressionné Faraday enfant n’est plus que l’ombre de lui-même et il n’y reste qu’une employée pour Mrs Ayres, qui y vit avec ses deux enfants maintenant adultes, Roderick, revenu blessé et traumatisé de la guerre, et sa fille Caroline, une jeune femme indépendante et solitaire. Faraday devient vite un intime des Ayres, tandis que des événements étranges se succèdent au manoir. Un chien d’ordinaire adorable blesse grièvement une fillette, un feu prend vie tout seul, des sonnettes résonnent sans que personne n’y soit pour rien … Un à un, les occupants de Hundreds Hall soupçonnent la présence étrange de quelque chose, quelque chose d’indésirable …  Serait-ce le fantôme de Susan, la première fille de Mrs Ayres, morte très jeune ?

Une nouvelle fois, j’ai failli abandonner ma lecture, et ce parce que c’est long et lent à démarrer. Sarah Waters prend son temps pour installer son intrigue, un peu trop à mon goût. Après environ 150 pages, ça démarre enfin … mais ensuite, quel régal de lecture ! Une fois l’action lancée, plus moyen de m’arrêter de lire … Quelle écriture, quellefinesse dans la psychologie des personnages !

Les scènes de surnaturel sont fascinantes, pleines d’une atmosphère où l’on ne voit rien, mais c’est ce qui effraie, justement. Le lecteur est placé du point de vue de Faraday, à qui l’on raconte les événements et qui, en bon scientifique, doute de tout au point de vouloir faire interner, un à un, les membres de la famille Ayres. Faraday lui-même est un personnage trouble : fasciné depuis l’enfance par Hundreds Hall, il y revient adulte et parvient petit à petit à s’y faire une place, poussant son pion jusqu’à se fiancer avec Caroline … Mais, finalement, devant l’étrangeté des événements, Faraday paraît s’inquiéter plus pour l’avenir de la demeure que pour celui de ses occupants …

Cette chose qui avait commencé avec Gyp, un « chuchotement » – comme l’avait dit Betty à l’époque, je m’en souvenais soudain -, cette chose avait peu à peu gagné en intensité. elle s’était mise à déplacer des objets, à mettre le feu, à griffonner sur les lambris. A présent, la chose pouvait courir d’un pied léger. Elle pouvait se faire entendre, en une voix inarticulée. Elle poussait, cette chose, elle se développait …

Où s’arrêterait-elle ?

Alors, qu’en est-il de cet indésirable ? Existe-t-il réellement quelque chose de pas net au manoir, ou pas ? Au lecteur de se faire sa propre idée, car à la fin du livre, rien n’est expliqué clairement. D’habitude, je déteste ce genre de fin, et j’ai pesté en refermant le roman, mais Hundreds Hall m’a littéralement hantée pendant des jours. J’ai tout retourné dans ma tête et, si je suis parvenue à une théorie personnelle, je n’en suis néanmoins pas certaine … J’ai néanmoins frissonné, palpité, et mon imagination a bien travaillé … Un roman inoubliable, pour moi, du genre auquel on repense longtemps après l’avoir refermé.

Roman gothique par excellence, « L’indésirable » m’a séduite par son atmosphère et ses personnages, autant que par son intrigue à tiroirs, qui laisse la porte ouverte à plusieurs interprétations des événements. Je n’ai toujours pas vu le film et donc je ne sais pas quel en est la fin, mais si quelqu’un veut discuter fiévreusement de l’existence de cet indésirable, je suis plus que partante !

« L’indésirable », The little stranger, Sarah Waters, Denoël, 2010, 706 pages

La bande-annonce du film  est visible ici

 

Publicités

La mère parfaite, Aimee Molloy

 

Voici un roman qui me faisait vraiment de l’oeil depuis sa sortie !

L’histoire d’un groupe de mères qui ont accouché le même mois, et dont le bébé de l’une d’entre elles disparaît le premier soir où elle s’autorise une sortie, sans que la baby-sitter ne remarque rien  … La réunion entre filles tourne alors au drame. L’enquête piétine et les autres mères décident de fouiner de leur côté … Tandis que Winnie, la mère célibataire du bébé disparu, passe bientôt de victime à suspecte …

Etiquetté « thriller », ce n’en est pas vraiment un, à mon sens … je parlerais plus de suspense psychologique. Pour moi, un thriller c’est du sang, du glauque, des tueurs en série, des enquêteurs, … On est beaucoup plus ici dans l’histoire façon « Desperate Housewives » (j’allais écrire « qui tourne mal », quand je me suis rappelée toutes les péripéties rocambolesques de cette série), ou dans la veine d’un Liane Moriarty (« Le secret du mari » etc). Lire la suite de « La mère parfaite, Aimee Molloy »

Capitaine Rosalie, Timothée de Fombelle & Isabelle Arsenault

Attention, petite pépite, attention, ce roman va vous voler le coeur …

J’avais eu un coup de foudre pour le « Livre de Perle » de Timothée de Fombelle, j’admirais depuis longtemps les illustrations de la québécoise Isabelle Arsenault, et Rosalie est un des prénoms préférés … Que me fallait-il de plus pour me jeter sur cette merveille ? Rien.

1917. Rosalie a cinq ans et demi, et vit avec sa mère, qui travaille à l’usine, tandis que son père est parti au front, pendant la Grande Guerre. Rosalie passe ses journées au fond de la classe des grands, au chaud, à dessiner dans son cahier, à rêver. Du moins, c’est ce que tout le monde croit … Car en réalité, la petite fille est en mission. Capitaine Rosalie, voilà comment elle se nomme. Elle a un but, quelque chose qui la fait se lever chaque matin, qui la fait tenir, malgré le chagrin de sa maman, malgré l’absence de son papa. Lire la suite de « Capitaine Rosalie, Timothée de Fombelle & Isabelle Arsenault »

Une année lumière, Nathacha Appanah

 

 

Ceci n’est pas un roman,  mais un recueil de chroniques choisies, écrites durant un an pour le journal La Croix. J’étais déjà tombée sur quelques unes de ces chroniques il y a quelques mois, et ce sont d’ailleurs celles-ci qui m’ont amenée à lire un roman de l’auteur;  « La noce d’Anna »

En relisant ma chronique d’alors, j’y retrouve l’extrait que je voulais mettre dans celle-ci, puisque j’évoquais déjà les chroniques du journal La Croix !

En 32 billets, Nathacha Appanah évoque son quotidien d’auteure, la création, l’écriture, mais aussi son enfance à l’île Maurice, le créole, le français, ses grands parents, sa fille, la maternité, la place de la femme, la rentrée littéraire, une « bibliothèque des sentiments », les migrants, la mondialisation, plus généralement, notre société. Lire la suite de « Une année lumière, Nathacha Appanah »

Seuls les enfants savent aimer, Cali

 

Personne ne croise mon regard. Ils l’évitent, ce regard d’enfant triste. Un petit garçon de six ans abîmé.

Du chanteur Cali, je ne connaissais rien, rien qu’une chanson, « C’est quand, le bonheur ? ».  Rien qu’un air de musique, jusqu’à ce que mon amie d’Instagram, Céline, ne m’offre ce roman, à l’occasion d’un joli swap d’automne. Il l’avait tellement touchée, ce livre autobiographique, où Cali nous raconte le drame de sa vie, la mort de sa maman, emportée par un cancer, alors qu’il a à peine 6 ans. Lire la suite de « Seuls les enfants savent aimer, Cali »