La vraie vie, Adeline Dieudonné

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Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça, on est sûr que ça n’arrive pas dans la vraie vie.

Pour faire original, j’ai lu LE bouquin dont tout le monde parle. D’habitude, je fais un rejet des livres vus et revus sur Instagram, mais là, j’étais intriguée par la couverture, le sujet, les éloges, et la Belgitude de l’auteur. Et comme j’ai bien fait ! Car ce livre est une grosse claque, de celles qui marquent l’arrivée d’un écrivain, un vrai. Pour comparer avec un autre premier roman, j’ai pensé à « Hygiène de l’assassin », de notre Amélie nationale, qui reste son chef-d’œuvre. Même violence, même urgence dans l’écriture.

La narratrice est une petite fille de 10 ans, jamais nommée. Elle vit avec ses parents (bien glauques : père violent, collectionneur de trophées de chasse, mère éteinte, une « amibe ») et son petit frère Gilles, son seul rayon de soleil. Une maison triste et grise, une pièce entière remplie d’animaux empaillées, chassés par le père. Un endroit de terreur pour les enfants.

La mort habitait chez nous. Et elle me scrutait de ses yeux de verre. Son regard mordait ma nuque, se délectait de l ‘odeur sucrée de mon petit frère.

Un jour, un grave accident traumatise Gilles, qui perd son sourire et sa joie de vivre. Dès lors, notre narratrice cherche à remonter le temps, pour empêcher cet événement et retrouver son petit frère. Elle grandit, se transforme, tandis que Gilles s’enfonce dans les ténèbres. La violence du père se fait de plus en plus oppressante, et la petite fille développe une passion pour la science et la physique, cherche à s’élever de ce quotidien sombre et asphyxiant.

Mon père démolissait ma mère et les oiseaux s’en foutaient. Je trouvais ça réconfortant. Ils continuaient de gazouiller, les arbres grinçaient, le vent chantait dans les feuilles du châtaignier. Je n’étais rien pour eux. Juste une spectatrice.

Aucun temps mort dans ce roman, il est presque impossible de ne pas le lire d’une traite. Dès les premières lignes, j’ai été emportée par l’héroïne, et prise d’une grande compassion pour elle pendant toute l’histoire. C’est un livre violent, sombre, et follement bien écrit. Adeline Dieudonné fait une entrée remarquée en Littérature et sa « Vraie vie » est de ces romans qui marquent. Je suis encore plus heureuse qu’elle soit belge !

Et, comme disait Amélie Nothomb à la « Grande Librairie », ce livre est une guerre, une guerre entre l’héroïne et sa famille, un combat contre la violence et le sordide. Une histoire prenante mais pas seulement. Des phrases affûtées au couteau, qui percutent le coeur, une écriture limpide et poignante, à l’image de cette phrase que j’adore, où l’héroïne communique pour une rare fois avec sa mère, « l’amibe », d’ordinaire si absente :

Elle a souri un peu, sa tristesse est partie faire un tour dehors.

Un grand livre !

« La vraie vie », Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste, 2018, 265 pages

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Tenir jusqu’à l’aube, Carole Fives

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Une femme et un enfant de deux ans, dont nous ne saurons pas les noms. Ils vivent seuls, le père a décampé, et la mère doit tout assumer en solo : les journées à tenter de travailler en free-lance tout en gardant son fils, les nuits sans sommeil, le manque d’argent, d’amour, de solitude. Alors, elle commence à s’échapper, une fois l’enfant endormi. D’abord quelques minutes, le tour du pâté de maison. Puis une demi-heure, quelques rues. Puis plus longtemps. Elle tire sur la corde, elle en a besoin, pour souffler, pour se retrouver, pour être seule.

« Elle y pense depuis des heures. Elle y pense en regardant l’enfant étaler son yaourt sur la table. Elle y pense en le voyant lancer ses petites voitures contre la porte. En ramassant les jouets, en remplissant le lave-vaisselle, en épongeant le sol trempé après le bain, elle y pense tout le temps.

Ce soir, elle ressortira. Elle s’accordera deux heures cette fois. Deux heures, juste le temps de rejoindre le fleuve. Elle croisera des silhouettes, des visages, on la croira libre. »

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Freddie Friday, Eva Rice

 

Angleterre, 1969. Marnie, 16 ans, est un petit génie des maths. Dans son école privée, elle excelle et se destine à de hautes études dans cette branche, soutenue par Miss Crewe, sa prof. Jusqu’à un soir de beuverie où, avec son amie Rachel, elles se font renvoyer de l’école. Un drame en découlera, qui fera voler en éclat la vie de Rachel, et entraînera Marnie dans l’alcool. Désormais, Marnie ne pense plus qu’à revoir Freddie Friday, un jeune homme qui travaille à l’usine, danseur prodige, pour qui elle a eu le coup de foudre. Avec l’aide de Miss Crewe, ancienne danseuse, elle va tout faire pour que Freddie réalise son rêve de danse.

Quel régal de lecture que ce livre ! Acheté sur un coup de tête, j’ai retrouvé avec hâte les personnages tous les soirs. Les chapitres alternent les points de vue de Marnie et de Miss Crewe et nous entraînent à la fois dans une chronique d’adolescente et de femme déçue par la vie, pleine de regrets, pour qui le contact avec ces jeunes va redonner l’espoir et la passion de la danse.

Quand je m’arrêtai de danser, les gens applaudirent, et c’est ainsi que tout commença. Dès cet instant, le feu brûla en moi. Pas à cause des applaudissements, de l’amour, de l’attention dont j’avais été l’objet, même si j’avais conscience du pouvoir que tout cela me donnait. C’était la possibilité d’une évasion. Une porte ouverte.

L’écriture est vive et j’ai été accrochée dès les premiers chapitres. Il faut dire que je raffole des « campus novels » et celui-ci en a des petits airs, via la description de l’école de filles, et du professeur Miss Crewe. Avec un petit côté british en plus, qui a fini de me ravir. Les personnages sont très touchants et l’histoire passionnante.

Freddie me lança un regard et je lui souris en hochant la tête, avec le sentiment d’être ridicule – une mère qui attend que son fils commence à jouer, à l’occasion d’un concert de l’école. Je vous en prie, pensai-je. Je vous en prie, dans notre intérêt à tous, faites qu’il soit bon. Marnie ne le quittait pas des yeux ; elle n’aurait pas mieux exprimé ce qu’elle éprouvait si elle avait brandi un drapeau avec un gros cœur peint sur les deux faces. Ah, mon Dieu, Marnie, ne fais pas ça. Garde ton drapeau bien roulé et aussi serré que possible. Il ferma les yeux et je sentis la musique le parcourir jusqu’au bout des orteils et illuminer ses joues blafardes. Je vis l’allumette enflammer ses veines, s’emparer de lui et il commença à danser.

Une très jolie lecture, haute en couleurs, à conseiller à tous ceux qui aiment la musique, la danse, et les romans d’apprentissages positifs et foisonnants !

« Freddie Friday », Eva Rice, Love notes for Freddie, Le livre de poche, 434 p, 2017

Eden Springs, Laura Kasischke

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Bon, me voilà à nouveau déçue face à l’immensité de mes attentes …

Laura Kasischke est un auteur que j’adore, que je suis depuis des années, dont j’ai lu et aimé tous les livres. Un nouveau roman d’elle, c’est comme Noël pour moi (idem pour Kate Atkinson et Delphine de Vigan). Je me suis donc ruée sur celui-ci, alléchée par le pitch qui semblait si bien coller à son univers. Je l’ai lu en une heure à peu près … et j’en suis ressortie un peu déconvenue …

D’abord, ceci n’est pas un roman, mais une « novella », un peu plus qu’une nouvelle si j’ai bien compris, basée sur des faits réels : l’histoire de Benjamin Purcell, un prédicateur des années 20, qui a créé une secte, entouré de jeunes filles qui l’idolâtrent, et à qui il promet la vie éternelle. Il a créé « La maison de David », où la communauté vit, ainsi que le premier parc d’attraction des USA, Eden Springs, qui donne son titre au roman. Tout irait bien si un cadavre de jeune fille étranglée n’avait pas été trouvé dans un cercueil censé abriter le corps d’une vieille dame … Lire la suite de « Eden Springs, Laura Kasischke »

Dans la forêt, Jean Hegland

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Ce livre ! J’en ai tellement entendu parler sur la blogo, sur Instagram, … Et toujours des avis élogieux. Le mien est un peu plus nuancé.

L’histoire, d’abord. A une époque indéterminée (mais que l’on devine pas si loin de nous), aux USA. La civilisation s’est effondrée, il n’y a plus d’électricité, plus d’essence, plus de magasins. Les gens fuient, abandonnent leurs maisons, tandis que des épidémies de maladies se propagent. Pour Nell et Eva, deux soeurs adolescentes, la vie paisible dans la forêt tourne au tragique quand elles perdent, l’un après l’autre, leurs parents. Livrées à elle-même, elles tentent de survivre sans oublier leurs passions : les livres pour Nell et la danse pour Eva. Lire la suite de « Dans la forêt, Jean Hegland »