Les secrets de ma mère, Jessie Burton

Depuis « Miniaturiste », je guette la sortie d’un roman de Jessie Burton avec impatience : c’est pour moi la promesse d’un moment de lecture intensément romanesque et palpitant. Après une mini déception avec « Les filles au lion », je retrouve avec ce roman un plaisir de lecture presque égal à « Miniaturiste »!

Connie et Elise se sont aimées dans les années 80. Connie, auteure à succès, emmène Elise avec elle à Hollywood pour l’adaptation cinématographique de son dernier roman. mais alors qu’elle s’épanouit dans cet univers de luxe, de palmiers, et de faux-semblants, Elise se sent inutile, délaissée et ne rêve que de rentrer à Londres. Leur relation s’étiole, jusqu’à ce qu’Elise surprenne une conversation dans une soirée, qui fera tout basculer.

2017 : Rose, la fille d’Elise, cherche des réponses sur sa mère, disparue peu après sa naissance. Est-elle morte ? Rose comprend que c’est Connie qui détient sans doute la clé du mystère. Elle va alors s’infiltrer chez elle sous une fausse identité, et se rendre indispensable à Connie, qui n’a plus écrit une ligne depuis des années … Un peu perdue dans sa vie, sans métier, son couple se délitant, Rose va peu à peu trouver un sens à son existence auprès de cette auteure froide et hautaine, qui a si bien connu sa mère …

Le roman mêle habilement les deux époques et les genres : histoire d’amour, quête d’identité, suspense. On passe du couple Connie-Elise à l’enquête de Rose, et les pages se tournent toutes seules. Un vrai plaisir de lecture, une histoire passionnante, profondément humaine, qui mélange secrets de famille, enquête, suspense (Rose s’infiltre chez Connie et on suit avec délectation l’évolution de cette drôle de relation en tremblant pour Rose – Connie va-t-elle découvrir sa véritable identité ?).

La force de ce roman est de nous happer pour ne plus nous lâcher : un tour de force que réussit très bien Jessie Burton, livre après livre, jusqu’à devenir une valeur sûre. 500 pages de pur bonheur, ça ne se refuse pas !

« Les secrets de ma mère », The Confession, Jessie Burton, Gallimard, 2020, 503 p.

Tout ce que je vous dois – Lettres de Virginia Woolf à ses amies

Voici un drôle de petit livre, un objet aussi joli qu’intriguant : un recueil de lettres de Virginia Woolf, adressées à ses amies. Intriguant car c’est un livre à expédier : la jaquette se transforme en enveloppe après quelques pliages, et un espace pour le timbre et l’adresse du destinataire est prévu. Quelle merveilleuse idée !

A Vita Sackville-West :

« Comment fais-tu pour vivre une pareille vie ? Soixante personnes à dîner. Une seule suffit, en trois jours, à user mon âme jusqu’à la corde et l’envoie flotter, comme une lentille d’eau, sur une rivière trouble. (…). Des jours durant, j’ai été tellement anéantie par la vie sociale qu’écrire n’a été qu’un rêve – l’activité d’une autre femme, il y a bien longtemps ».

J’avoue n’avoir envoyé cet OVNI à personne, mais l’avoir jalousement gardé pour moi. Virginia Woolf adresse ses lettres à sa sœur Vanessa, à Vita Sackville-West, à Violet Dickinson, à toute cette ruche bourdonnant autour d’elle. On y découvre une auteure enjouée, pleine d’humour et d’autodérision, à la plume alerte et vive. Loin d’être ennuyeuse, Virginia est piquante et j’ai corné bien des pages de ces missives.

Le mariage, les fêtes mondaines, la solitude, la maternité, l’amitié, son jardin, …. J’ai dévoré ce petit recueil qui m’a fait découvrir une autre facette de cette auteure qui me fascine tant. Une très jolie découverte, et sous une forme au charme fou, ce livre-enveloppe prêt à poster à qui voudra découvrir Virginia et son humour !

Tout ce que je vous dois , Virginia Woolf, Lettres à ses amies, L’Orma éditions, (coll. Les Plis), 62 p. , 7.95 €

https://www.editionslorma.fr/les-livres

Étés anglais, Elizabeth Jane Howard

On voit fleurir la magnifique couverture de ce premier tome de la Saga des Cazalet un peu partout en ce moment, dans la presse et surtout sur Instagram. Ecrit en 1990 et très connu en Angleterre (il y a même une série télé avec …. Hugh Bonneville, Mr Downton Abbey !), la saga vient seulement d’être traduite en français, et le livre est sorti en mars …

Il faut dire que c’est un livre qui fait envie : roman-fleuve prévu sur quatre tomes (jusqu’en 2023 !), couvrant 20 ans d’histoire anglaise, de 1938 à 1958, cette saga raconte la vie d’une famille aisée, les Cazalet, et de leurs domestiques. Ce premier tome débute en 1938 : la guerre n’est si pas loin derrière et pourtant on entend les bruissements de la prochaine qui arrive …

Impossible de vous résumer les intrigues, il y en a trop. Sachez que les Cazalet ont trois fils, mariés à trois femmes fort différentes, avec une ribambelle d’enfants, ainsi qu’une fille célibataire. Les domestiques ont droit eux aussi à leurs chapitres, même si les liens avec la famille ne sont pas aussi étroits que dans Downton Abbey. Voilà, la référence est lâchée ! Je venais d’engloutir les six saisons de cette merveilleuse série, et j’espérais être aussi emballée par les Cazalet. J’espérais, j’attendais, le coup de coeur …

Si j’ai beaucoup apprécié ma lecture, ce ne fut pas l’enthousiasme escompté. Il m’a fallu presque 200 pages (sur plus de 500) pour réellement être « dedans » et me passionner pour toutes ces micro histoires. L’auteur passe sans cesse d’un personnage à un autre, d’une domestique à un enfant, du jardinier au patriarche, et il faut s’accrocher pour s’y retrouver.

Là où j’attendais de grandes péripéties passionnantes, j’ai trouvé une chronique de vie faite de petits événements. Une fois cette déception passée, je me suis prise d’affection pour les personnages, certains plus que d’autres. J’ai énormément aimé ceux des trois épouses des Cazalet, si différentes, ainsi que les voix des petites filles, Louise et Polly en tête.

Parlons enfin de l’objet-livre en lui-même, et rendons hommage au travail des Editions de la Table Ronde qui se sont surpassés ici. la couverture, superbe, est le travail de Mathieu Persan (que l’on voit partout : de l’affiche « Restez chez vous » à celle de la prochaine tournée de Benjamin Biolay).

Mathieu Persan on Twitter: "Il n'a jamais été plus facile de ...
Avis de passage : The BB King Blues Band, Benjamin Biolay, Hania ...

Le papier crème est lisse et doux. Au début du livre, il y a un arbre généalogique de la famille et des liens entre personnages (et j’ai dû m’y référer plus d’une fois !). Petit cadeau : une fois le roman achevé, on découvre les premières pages du second tome, prévu pour l’automne, qui commencera en 1939, au début de la guerre …

« Étés anglais » possède un charme suranné et, bien sûr, très british. Que ceux qui comptaient se jeter dessus ne soient pas le moins du monde refroidis par mon avis : je pense que j’en attendais trop.

Une belle lecture donc, mais un peu moins addictive que ce que j’en avais espéré.

« Etés anglais », Elizabeth Jane Howard, 2020, 557 p.

Expiation, Ian McEwan

Je continue ma découverte de Ian McEwan avec LE roman-phare, semble-t-il, de sa bibliographie, « Expiation ». Angleterre, un jour de canicule de 1935, Briony, 13 ans, prépare l’écriture de sa pièce de théâtre. Les cousins vont débarquer, il faudra distribuer les rôles. Toute la maison est en effervescence. Sa soeur aînée, Cécilia, meurt d’ennui dans sa chambre et ne rêve que de s’évader pour enfin vivre sa vie. Briony, une enfant à l’imagination fertile, voulant plaire aux adultes, va causer un drame quand elle surprendra Cécilia avec Robbie Turner, le fils de la femme de ménage. Sa réaction face aux désirs des adultes va briser plusieurs vies, et faire éclater la famille.

Le roman est découpé en trois parties : les événements de ce fameux jour de 1935, Robbie à la guerre cinq ans plus tard, puis Briony, à 18 ans, voulant expier sa faute …

Comme l’indique son titre, c’est un roman sur la culpabilité, les remords et les regrets, mais aussi sur les apparences. Briony, qui n’a rien compris à ce qu’elle a vu ou cru voir, réduit en miettes la vie de Robbie et celle de sa soeur, et passera sa vie à expier son crime, à demander pardon. Elle deviendra écrivain, et la fin du roman, surprenante, porte celui-ci à un tout autre niveau : le lecteur a-t-il été manipulé ? C’est aussi une réflexion sur le pouvoir de la fiction, et la position de l’auteur, tel un Dieu, manipulant ses personnages à sa guise …

Si j’ai beaucoup aimé cette lecture, j’y ai tout de même trouvé quelques longueurs, notamment dans la seconde partie, au front, où McEwan semble un peu trop s’éloigner de son intrigue de base …

La psychologie des personnage est très fouillée, l’écriture superbe, et c’est un roman qui prend son temps, une lecture exigeante. Une belle découverte, mais qui ne m’a pas renversée … j’ai tout autant apprécié ma lecture de « L’intérêt de l’enfant », du même auteur, que j’ai trouvé plus facile à lire.

Nos espérances, Anna Hope

Les histoires d’amitiés féminines, j’adore ça. Les histoires de mamans qui galèrent et s’interrogent, idem. Les romans qui t’embarquent et te font tout oublier autour de toi, encore plus.

Bingo, « Nos espérances » le nouveau roman d’Anna Hope rassemble tout ça. (« Le chagrin des vivants » et « La salle de bal » font gentiment dodo dans ma pile à lire, je m’en réjouis d’avance). Pourtant, le pitch de départ semble déjà lu et relu : trois amies, Lissa, Cate et Hannah, qui se connaissent depuis l’enfance, vivent ensemble le passage à l’âge adulte, les carrières (qui décollent –ou pas), le mariage (épanoui – ou pas), la maternité (ou pas) … Et, à l’aube de leurs 35 ans, font le bilan. Rien de bien original, me direz-vous.

Et pourtant, Anna Hope réussit un roman qui fait du bien, pas un feel good, attention, mais un bon livre coup de coeur, de ceux dans lequel on s’installe tranquillement, qu’on repose à regret, impatient de retrouver ces trois femmes de qui on se sent proche, à qui ont peut s’identifier.

Il y a Lissa, comédienne dont la carrière stagne, célibataire sans enfant, qui s’interroge sur sa vie qui file : n’est-elle pas en train de tout rater ?

Il y a Hannah, en couple avec Nathan depuis dix ans, qui n’arrive pas à tomber enceinte, et dont le couple souffre de cette obsession qui la ronge.

Et enfin Cate, qui sent s’étioler son amour pour son mari, et qui repense avec nostalgie à une femme qu’elle a aimé autrefois …

Elles ont encore la majeure partie de la vie devant elles. Elles ont fait des erreurs, mais rien de fatal. Elles ne sont plus jeunes, mais ne se sentent pas vieilles. La vie est encore malléable et pleine de potentiel. L’entrée des chemins qu’elles n’ont pas empruntés ne s’est pas encore refermée. Il leur reste du temps pour devenir ce qu’elles seront.

Voilà le propre d’un bon livre : vous emmener loin de vos soucis, loin de ce confinement et de l’atmosphère anxiogène qui nous bouffe le moral ces jours-ci.

Voilà tout ce dont j’avais besoin : du romanesque, de l’amitié, des destins de femmes qui pourraient être nous, nos amies. Un bon roman dans lequel s’installer comme dans un cocon douillet, avec une touche de féminisme, une écriture, des chapitres où s’alternent les trois voix des héroïnes, dans le Londres du début des années 2000.

Coup de coeur !

Sur la plage de Chesil + L’intérêt de l’enfant, Ian McEwan

Or donc, à 36 ans tout juste, je découvre Ian McEwan. Mieux vaut tard que jamais ! Je me rappelle une première rencontre manquée il y a des années, où ce roman, « Sur la plage de Chesil » m’était tombé des mains au bout de quelques pages à peine. Et me voilà, plus vieille mûre, ravie de ma lecture et de la beauté de ce texte … Comme quoi, les livres attendent peut-être le bon moment pour nous éblouir …

En moins de 200 pages (quasi une novella plutôt qu’un roman), McEwan nous conte l’histoire d’un couple de jeunes mariés, Edward et Florence. On est en 1962, sur la côte anglaise, c’est leur nuit de noces … Mais ce qui devrait être un enchantement se révèle un désastre. Empruntés, guindés, inquiets, avançant à tâtons, ils se parlent à peine, et se comprennent encore moins. Edward n’en peut plus de désir pour sa jeune épouse, tandis qu’elle redoute plus que tout qu’il la touche. Pourtant, elle l’aime … oui, mais l’idée du contact physique la dégoûte au plus haut point : la nuit s’annonce torride. Un pas en avant, deux pas en arrière, jusqu’à la fuite de Florence sur la plage de Chesil, laissant Edward seul et ahuri de chagrin.

Ian McEwan alterne les points de vue du jeune historien et de la belle violoniste pour nous conter leur histoire, leur passé, leurs attentes si différentes, et le délitement d’un couple à peine formé …

C’est beau, tout en retenue et en finesse psychologique. Le lecteur impuissant assiste au naufrage d’un couple à peine formé, et demeure interdit devant tant de non-dits, et tant de gâchis. Impeccable, et très anglais.

Le deuxième roman, « L’intérêt de l’enfant », nous plonge dans un tout autre registre. Fiona, à l’aube de la soixantaine, est une juge respectée. Bourreau de travail, elle sacrifie sa vie privée à ses affaires, et le roman commence avec une bonne crise conjugale : son mari délaissé menace de la quitter. Au même moment, on lui confie un dossier très délicat : celui d’Adam, 17 ans, atteint de leucémie. Seule une transfusion pourrait le sauver mais le jeune homme et ses parents s’y refusent, car leur religion (ils sont Témoins de Jéhovah) le leur interdit. Fiona doit statuer sur la question suivante : à quelques mois près, Adam sera considéré comme un adulte, libre de refuser un traitement médical. Mais, à 17 ans, il est encore soumis à ce que la loi appelle « l’intérêt de l’enfant » et qui prévaut sur tout autre argument. Fiona choisit de rencontrer ce jeune homme qui court romantiquement vers une mort atroce, en toute connaissance de cause. Et c’est l’occasion pour McEwan d’écrire des pages tout simplement brillantes sur des questions de morales, de vie et de mort, de religion, et de justice.

Un grand roman, qui m’a tenue en haleine de bout en bout.

Vivement « Expiation« , qui attend sagement son tour dans ma pal !

L’amour comme par hasard, Eva Rice

Après ma flopée de déceptions, j’avais besoin d’une lecture-doudou … J’ai donc sorti de ma pal « L »amour comme par hasard », qui malgré son titre à la Danielle Steel, me semblait prometteur. Banco ! Je l’ai dévoré comme un bonbon acidulé, ce fut une lecture rafraîchissante, confortable, pétillante, bref, un petit bonheur.

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L’invitation à la vie conjugale, Angela Huth

Ce roman est très anglais. Au moment d’écrire ce billet, essayant de rassembler mes idées sur ce livre que j’ai lu avec plaisir mais sans que ce soit un coup de coeur ni même une lecture marquante, c’est la première phrase qui me vient … Anglais, cynique, désabusé, grinçant, très bien écrit, et, en ce qui concerne son sujet principal (le mariage), totalement déprimant. Je vous donne envie, hein ? !

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Transcription, Kate Atkinson

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Un nouveau roman de Kate Atkinson, c’est comme Nöel pour moi, je guette la traduction en français pendant des mois et quand elle est annoncée je trépigne comme une gamine. Puis, je fonce l’acheter le jour de sa sortie et je le savoure. Enfin, d’habitude … car ici, « Transcription » est une grosse déception.

1940, Juliette, une jeune femme, est engagée pour transcrire les conversations d’un groupe de sympathisants au nazisme. Excitée par son rôle d’espionne, Juliette déchante vite devant l’ennui des dialogues entendus à retranscrire (et nous aussi).  A la fin de la guerre, devenue productrice à la BBC, Juliette est confrontée à ses agissements et ses décisions. Lire la suite de « Transcription, Kate Atkinson »