« Âme brisée », un roman plat et trop lisse

La musique traverse les frontières, c’est le patrimoine de l’humanité.

Tokyo, 1938. Quatre musiciens amateurs, japonais et chinois, se réunissent en secret pour répéter un quatuor à cordes de Schubert. Soudain, des soldats font irruption. Rei, 10 ans, caché dans une armoire, assiste à l’arrestation de son père. Il ne le reverra jamais. Il ne lui restera de lui que son violon, brisé par un militaire. Devenu adulte, Rei n’a de cesse de réparer « l’âme » du précieux violon, et de chercher à savoir ce qui est arrivé à son père.

Voici un roman dont j’avais lu beaucoup de bien et, une fois paru en poche, je me suis laissée tenter. La perspective d’une histoire centrée autour de la musique classique m’attirait énormément. Malheureusement, ce roman ne m’a pas bouleversée et m’a même laissée de marbre … Un demi-flop ? Une petite déception, en tout cas. Comme souvent quand un livre est encensé partout, on se retrouve parfois déçu.

Si l’histoire est belle, les personnages manquent d’épaisseur et ne m’ont pas touchée autant qu’espéré. L’écriture, que j’ai trouvé trop simpliste, ne m’a pas emportée. Akira Mizubayashi est japonais mais écrit en français, ce qui en soi force le respect. Sa prose est simple mais plate, et il m’a manqué un peu de style pour emballer tout ça. L’émotion n’est jamais venue au rendez-vous, malgré le pitch alléchant. Il me semble que cette histoire aurait pu être une simple nouvelle, et cela aurait suffi. Enfin, l’intrigue est convenue et sans surprise, et je me suis vite ennuyée … Le tout forme un roman très lisse, au style plat, aussitôt lu, aussitôt oublié …

Un « Prix des libraires » ? Je suis assez étonnée … à sauver néanmoins : les références musicales, qui donnent envie d’écouter Schubert une fois le livre refermé.

« Âme brisée », Akira Mizubayashi, Gallimard (Folio), 259p., 2019

Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse

Deux coups de coeur, dans l’oeuvre de Gaëlle Josse : « Une longue impatience » et tout récemment « Ce matin-là », m’ont tout naturellement amenée à lire « Nos vies désaccordées », surtout que le thème de la musique classique m’attirait énormément. Malheureusement, ce fut une demi déception …

François, pianiste renommé, apprend que la femme qu’il a aimée autrefois, Sophie, est internée dans un asile. Il quitte aussitôt Paris et annule ses concerts, pour aller la voir. En chemin, il se remémore leur histoire tumultueuse et passionnée, liés par la musique de Schumann. Sophie va-t-elle le reconnaître ? Leur amour peut-il encore être sauvé ?

Sophie, comme une écharde aperçue en transparence sous la peau et dont le moindre effleurement arrache une grimace. J’avais fini par me protéger des effleurements.

Tous les ingrédients étaient là pour me plaire : un pianiste, une histoire d’amour, un parallèle avec Clara & Robert Schumann. Mais la sauce n’a pas pris, et il m’a fallu du temps pour me sentir un tant soi peu emportée dans cette histoire, malgré la brièveté du roman (122 pages). La personnalité du narrateur ne m’a pas plu : impossible d’être en empathie avec lui. Sophie, qui m’intéressait déjà plus, n’est qu’une ombre jusqu’au milieu du livre. Leur histoire d’amour n’a pas réussi à me faire rêver … J’ai néanmoins terminé ce roman parce que c’est du Gaëlle Josse : l’écriture, le style, tout est poétique. Mais j’aurais voulu être bien plus emballée par cette histoire, dont je crains qu’il ne me reste qu’un vague souvenir dans peu de temps. Dommage…

« No vies désaccordées », Gaëlle Josse, J’ai lu, 122 p., 2013

La déception de la semaine

Une déception, un flop, un bof, … un roman que j’avais vu passer sur Bookstagram et que je me réjouissais de découvrir, pourtant …

Grace Nichols et sa mère Meg, un duo admiré de tous. Gravement malade, clouée dans un fauteuil roulant, Grace est soutenue à chaque instant par Meg, véritable mère parfaite. Alors qui a assassiné Meg ? Qui a enlevé la jeune fille handicapée ? Jon, un journaliste au bord de la rupture (avec sa femme comme avec ses nerfs), mène l’enquête, aidé par Cara, la voisine des Nichols.

Inspiré de faits réels, ce roman a tout du bon suspense psychologique à la Liane Moriarty (mais pas à la Laura Kasischke, il est loin en-dessous). Passé la première moitié du roman et l’intrigue installée, il m’est arrivé quelque chose d’étrange : j’ai tout deviné. Je suis très bon public pour les intrigues, je ne vois rien venir, je fonce tête baissée. Mais là, j’ai découvert le pot au roses moi-même, et ça ne m’a pas plu.

Ajoutons que le style d’Emily Elgar n’est pas transcendant et vous aurez une idée de ma déception. Un roman qui équivaut à un épisode de série, sans atmosphère, sans style, sans saveur littéraire. Des personnages un peu mièvres, et une intrigue qui se veut haletante mais dont on devine la fin sans peine (même moi ! ). Aussitôt lu, aussitôt oublié (et encore, j’ai survolé la moitié du roman).

Bouh.

« Quelques battements de coeur », Emily Elgar, Belfond (le Cercle), 2020

La lectrice disparue, Sigríður Hagalín Björnsdótti

Avec un titre pareil, et cette jolie couverture attirante, nul doute que les amoureux des livres seront tentés par ce roman. Etrange roman, ovni qui croise plusieurs genres littéraires. Je ne sais pas par où commencer pour vous en parler.

La lectrice, c’est Edda, une jeune islandaise qui fugue un matin, abandonnant son mari et son nouveau-né. Son frère Einar, très proche d’elle depuis toujours, part alors à sa recherche. Le roman prend son temps avant de véritablement se concentrer sur cette « lectrice disparue », et nous conte d’abord l’histoire des deux mères d’Edda et d’Einar, Julia et Ragnheidur, qui se sont retrouvées enceintes du même homme et qui l’ont largué pour vivre ensemble une amitié qui durera toute leur vie.

L’enfance d’Edda est marquée par son hyperlexie, opposée à la dyslexie de son frère. Grande lectrice, elle retient tout texte qu’elle lit, et cela prend tellement de place dans son cerveau qu’il n’y a plus d’espace pour la vie quotidienne et les interactions sociales. Edda fait donc figure d’autiste …

Ce n’est qu’une histoire, dit-il. Rien ne prouve que tout ça soit vraiment arrivé.
Sa soeur le regarde, les yeux infiniment tristes.
Peu importe que ce soit arrivé ou pas. Ces choses ont été pensées, cette histoire a été écrite, je l’ai lue et désormais, elle existe à tout jamais. Je pourrai toujours la retrouver et la redire, me blesser avec elle et blesser les autres en la racontant. Nul ne peut effacer une histoire lorsqu’elle a été dite.

Le roman se concentre ensuite sur la quête d’Eina pour la retrouver : quête qui fait figure de véritable jeu de piste, semé de rencontres étranges avec des gens bizarres, d’énigmes, mais qui m’a laissée de côté. J’ai adoré l’histoire de Julia et de Ragnheidur, mais la tournure presque mystique et à la limite de la science fiction que prend le roman, ainsi que le discours par rapport à la lecture « handicapante », m’a complètement refroidie. C’est tiré par les cheveux au possible, et si certains peuvent s’en émerveiller, cela m’a plutôt agacée.

Dommage, car le roman commençait très bien … Une petite déception donc, de ne pas avoir accroché jusqu’au bout …

« La lectrice disparue », Sigríður Hagalín Björnsdótti, trad. de l’islandais par Eric Boury, Gaia, 352 p., nov 2020

Trois fois flops

Juste avant ce deuxième confinement-tout-pourri, j’avais pris mes précautions et effectué une virée en librairie. Mais je vis en Belgique et, pour une fois, je suis vachement fière de mon pays (oui, c’est pas souvent) : notre gouvernement tout beau-tout neuf a décidé que les livres étaient essentiels (c’est EVIDENT non ?) et les librairies restent ouvertes (fête !).

Bref, j’ai donc acheté trois gros romans en prévision de cette fin du monde d’année, et malheureusement pour moi, ce fut trois beaux flops.

  • « Trois femmes », de Lisa Taddeo, est une enquête sur la vie de trois femmes d’aujourd’hui, interviewées par l’auteur en long et en large, écrite sous forme de roman choral. Trois héroïnes toutes menées en bateau par leur désir. Une jeune fille tombe amoureuse de son prof d’anglais. Une femme au foyer délaissée retombe dans les bras de son premier amour. Une jeune femme solaire s’épanouit en trompant son mari avec son consentement. Dit comme ça, ça donne envie. Mais à la moitié du livre, j’ai lâché l’affaire : trop de vulgarité et de sexe triste, cru et une vision déprimante de ces trois femmes. Premier flop.
  • « Marilou est partout », de Sarah Elaine Smith, chez Sonatine, promettait un beau moment de lecture. Une jeune femme disparaît mystérieusement et une ado de son entourage prend sa place, avec l’accord tacite de la mère de la disparue, qui joue le jeu. l’Amérique profonde, une disparition, une atmosphère « à la Laura Kasischke » (dixit les critiques), ça partait plutôt bien. Et puis. A nouveau, vers la moitié, j’ai complètement décroché et perdu l’intérêt, allant jusqu’à lire l’épilogue juste pour avoir le fin mot de l’histoire. Là, grosse déception ! J’attendais beaucoup de ce roman, après avoir été alléchée par plusieurs critiques louant l’écriture « poétique » de l’auteur et la profondeur du bouquin. Re flop.
  • « Dégels », de Julia Phillips : ma dernière chance avant d’avoir fichu 60 € à la poubelle. Deux petites filles disparaissent au pied d’un volcan, et c’est tout un village qui voit sa vie bouleversée. Dix femmes sont impactées. Premier chapitre passionnant, un espoir. Deuxième, je décroche déjà. Troisième, je me surprends à lire en diagonales. Quatrième, je repose le livre en pestant. Un ennui, une confusion dans les personnages, beaucoup trop nombreux, et qui ne reviennent pas, passé le chapitre de présentation. l’impression d’être baladée et perdue. Flop flop flop.

Pourquoi ces déceptions en série ? Faut-il blâmer le confinement ? L’ambiance morose ? Les actualités déprimantes ? Le climat claustro ? Les enfants dans les pieds du matin au soir ? L’attrait de Netflix ? – les excuses ne manquent pas. Clairement, je ressens l’influence de cette période compliquée sur mes lectures : l’urgence d’être emportée par une histoire et un style, loin de la vie quotidienne, et si ça ne matche pas, je rejette, plus vite qu’auparavant.

Mais, je le redis, les librairies sont ouvertes, et le choix de romans infini – vive la Belgique, vive la lecture !

10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange, Elif Shafak

Quelle beauté que cette couverture colorée et soyeuse ! On peut dire que ça donne envie… Je sais que c’est futile, mais je reste sensible à l’objet-livre : la couverture, la qualité du papier …

Reçu dans la sélection du prix Elle, un roman en demi-teinte : une bonne idée de départ mais mal exploitée, à mon avis.

Istanbul. Leila, une jeune prostituée, est assassinée et balancée aux ordures. Mais son esprit continue de fonctionner, pendant exactement 10 minutes et 38 secondes, soit le temps de se remémorer des souvenirs et de raconter ce qui l’a amenée à terminer si brutalement sa courte existence.

Premier roman que je lis de cette auteure (et première incursion dans la littérature turque tout court), j’en ressors mitigée. La première partie du roman, où Leila se remémore certains souvenirs depuis sa plus tendre enfance jusqu’aux événements qui l’ont conduite à la prostitution, m’a bien accrochée. Mais, au fil du roman, j’ai vu mon intérêt faiblir : la deuxième partie se concentre sur les amis de Leila, qui cherchent à savoir qui l’a assassinée et, bizarrement, j’ai perdu tout intérêt. Trop de dispersions ? Je ne m’explique pas vraiment pourquoi la sauce n’a pas pris, malgré un bon début.

Un roman qui se veut un portrait de femme cherchant, à tout prix, à vivre sa vie, éprise de liberté, dans la société turque, mais qui manque de style dans l’écriture, qui s’éparpille un peu trop dans sa seconde partie, et qui n’exploite pas assez l’idée originale de départ … En effet, ces « 10 minutes et 38 secondes » ne sont finalement qu’un prétexte à découper chaque souvenir en chapitres, mais sans pousser plus loin l’idée du cerveau qui, juste après la mort, continue de fonctionner … Dommage !

« Une famille presque normale » : un flop presque attendu

Encore un polar lu dans le cadre de la sélection du Prix Elle qui me déçoit. Je suis presque habituée.

Une famille normale en Suède : le père pasteur, la mère avocate, leur fille adolescente Stella qui vit sa vie, entre amitiés et premiers flirts. Tout bascule quand un brillant homme d’affaires est retrouvé brutalement assassiné : Stella est accusée du meurtre et emprisonnée. Les parents tombent alors de haut : ils découvrent un pan insoupçonné de la vie de leur fille.

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Transcription, Kate Atkinson

transcri

Un nouveau roman de Kate Atkinson, c’est comme Nöel pour moi, je guette la traduction en français pendant des mois et quand elle est annoncée je trépigne comme une gamine. Puis, je fonce l’acheter le jour de sa sortie et je le savoure. Enfin, d’habitude … car ici, « Transcription » est une grosse déception.

1940, Juliette, une jeune femme, est engagée pour transcrire les conversations d’un groupe de sympathisants au nazisme. Excitée par son rôle d’espionne, Juliette déchante vite devant l’ennui des dialogues entendus à retranscrire (et nous aussi).  A la fin de la guerre, devenue productrice à la BBC, Juliette est confrontée à ses agissements et ses décisions. Lire la suite de « Transcription, Kate Atkinson »

Par le vent pleuré, Ron Rash

J’ai vu passer ce roman sur bon nombre de blogs, avec des critiques plus qu’élogieuses, ma curiosité était donc à son plus haut niveau, et apparemment Ron Rash est un auteur à découvrir. Donc, je l’ai emprunté à la bibliothèque où je travaille, et me suis plongée dedans, persuadée de découvrir moi aussi une pépite. Lire la suite de « Par le vent pleuré, Ron Rash »

En nous beaucoup d’hommes respirent, Marie-Aude Murail

Voilà un livre qui m’avait bien tapé dans l’oeil : richement illustré de photos vintage et d’extraits de lettres manuscrites, la vie de Marie-Aude Murail, auteur reconnue mondialement. J’avais lu des critiques élogieuses, notamment chez Cuné.

En tant que bibliothécaire, j’ai des demandes tous les jours pour l’un ou l’autre livre de Marie-Aude Murail, mais je n’ai lu (et adoré) que « Miss Charity ». J’attendais néanmoins beaucoup de ce bel objet-livre, j’attendais d’être transportée dans le temps, dans les histoires d’amour des grands-parents de l’auteur, dans son récit de vie. Lire la suite de « En nous beaucoup d’hommes respirent, Marie-Aude Murail »