Dans les angles morts, Elizabeth Brundage

Une vieille ferme dans un village paumé de l’état de New-york. Le suicide des propriétaires, ruinés, laissant leurs trois fils, Eddy, Wade et Cole, tout seuls.

La maison est rachetée par un jeune couple, George et Catherine Clare, avec leur fille de trois ans, Franny.  Les trois fils Hale se font engager par les Clare pour remettre à neuf ce qui était leur maison, sans souffler mot de leur identité. George enseigne l’histoire de l’art à l’université pendant que Catherine élève Franny. Ils se font des amis même s’ils restent des étrangers pour les locaux, pour qui la ferme restera toujours aux Hale. Mais un soir de tempête de neige, Catherine est retrouvée assassinée, une hache dans la tête. La personnalité de George en met plus d’un mal à l’aise, mais est-il pour autant coupable de meurtre ?

Cela pourrait être un thriller, mais ce n’en est pas un, c’est bien mieux et bien plus que cela. C’est un livre d’ambiance, glauque à souhait, un roman sur tout ce qu’on ne voit pas, tout ce qui se cache « dans les angles morts ». Remontant le fil du temps, l’histoire nous dévoile le drame des Hale, puis celui des Clare. On suit Catherine, qui emménage à reculons dans cette maison « en réprimant un frisson » , jusqu’à sa mort, glaçante.

Un livre complexe et tortueux, qui retrace l’histoire d’un couple, et d’une maison, personnage à part entière du roman. Une pincée de surnaturel, tout juste frôlé, un mari inquiétant qui ferait un coupable idéal, une jeune femme perdue dans son rôle d’épouse effacée, et des personnages secondaires hyper attachants : Eddy et Cole Hale, tristes à mourir, qu’on voudrait protéger et consoler, et Justine, l’amie du couple, libre, nature, solaire. La maison maudite est donc un personnage à elle toute seule : inquiétante, lugubre, pleine de bruits et de courants d’air, de souvenirs et de sang, elle fait froid dans le dos.

Une chose à savoir à propos des maisons : c’étaient elles qui choisissaient leurs propriétaires, et non l’inverse. Et cette maison les avait choisis, eux.

Elizabeth Brundage, dont c’est le premier roman traduit en français, signe un roman dense et foisonnant, hyper addictif une fois le décor bien planté, qui tourmente le lecteur et l’émerveille par la beauté de son style. J’ai adoré ce livre, et y ai pensé bien après l’avoir refermé. Il ferait un excellent film noir … Divisé en plusieurs parties, il prend son temps pour nous harponner, pour mieux nous laisser le souffle court à sa fin. Un petit reproche néanmoins : la fin est un peu précipitée comparée à la longueur du livre, et un élément décisif dans la résolution de l’histoire m’a semblé un peu gros à avaler.

Malgré ce petit point, une excellent lecture, un roman noir sur la façade d’un couple, un thriller psychologique qui vous hantera longtemps, captivant, brillamment construit et écrit, au grand souffle romanesque. Dieu, la mort, les fantômes, la place de la femme, le meurtre, le suicide, l’amour (UN SEUL couple heureux sur tout le livre !), le masque derrière se cachent les psychopathes, tout y est.

J’y ai même retrouvé un petit côté « Rebecca » de Daphné du Maurier …. ça devrait achever de vous convaincre !

Une lecture commune avec mon amie Céline, précipitez-vous sur son billet !

« Dans les angles morts », All things cease to appear,  Elizabeth Brundage, éd. Quai Voltaire, 528 p., 2018

10 commentaires sur « Dans les angles morts, Elizabeth Brundage »

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